Une heure pour parcourir 21 kilomètres. Entre nids de poule, chaussée dégradée et risques permanents d’accident, l’axe Ananda-M’Bahiakro, dans le centre de la Côte d’Ivoire, est aujourd’hui au cœur des préoccupations des populations, des transporteurs et des autorités locales.
Principal lien entre M’Bahiakro et les villes de Daoukro, Ouellé, Bocanda, Abengourou et l’ensemble du Centre-Est ivoirien, ce tronçon qui devrait être parcouru en une trentaine de minutes, ou moins, dure plus d’une heure. Au-delà du simple inconfort, les conséquences sont lourdes. Les ambulances transportant des malades vers le CHU de Bouaké voient leurs délais d’intervention s’allonger dangereusement. Plusieurs transporteurs préfèrent désormais éviter cette route, réduisant davantage les échanges commerciaux. « C’est vraiment inconcevable de faire plus d’une heure sur un tel trajet », déplore un agent du Tribunal de première instance de M’Bahiakro.
Un frein à toute l’économie locale
Ancienne localité phare de la boucle du cacao, la commune porte encore les séquelles des grandes sécheresses de 1983 et 1984 qui avaient profondément bouleversé son économie. Aujourd’hui encore, malgré les importants investissements routiers réalisés dans plusieurs régions du pays, les populations estiment que M’Bahiakro reste en marge des priorités.
Pour les commerçants, la dégradation des routes contribue directement à la hausse du coût de la vie. « Nos marchandises viennent principalement de Bouaké. Les transporteurs font de leur mieux, mais les routes rendent l’approvisionnement très difficile. C’est ce qui rend la vie chère ici », explique Mme Rokia Camara, commerçante au marché.
Les transporteurs confrontés à de multiples difficultés
Pour Adeyemi Al-Mustafa, secrétaire général des commerçants et porte-parole des transporteurs de M’Bahiakro, la route constitue aujourd’hui le principal obstacle au développement du secteur. Selon lui, le parc automobile est vieillissant et plusieurs compagnies refusent désormais d’emprunter l’axe Ananda-M’Bahiakro tant celui-ci est devenu difficilement praticable.

À cette difficulté s’ajoute l’enclavement géographique de la ville, presque entièrement ceinturée par le fleuve N’Zi. Ce responsable estime qu’un pont reliant M’Bahiakro au village voisin de Ouokoukro ouvrirait un accès direct vers le nord du pays et ferait de la commune un véritable carrefour stratégique pour les échanges.
Appel pressant aux autorités
En février dernier, le maire de M’Bahiakro, Raphaël Diamala, avait lancé un appel public sur les réseaux sociaux pour attirer l’attention sur la situation de cette voie nationale. Pour lui, la réhabilitation de l’axe dépasse largement la seule question du transport.
« Nous devons transporter les produits agricoles, permettre aux malades d’aller à Bouaké en ambulance. Cette route est vraiment dégradée. Nous lançons encore un cri de cœur au Président de la République afin qu’il puisse se pencher sur ce tronçon. Les retombées économiques et sécuritaires seraient considérables pour notre ville. »
Avec un peu plus de 20 000 habitants, une population majoritairement jeune et une économie essentiellement agricole, M’Bahiakro dispose d’importants atouts de développement. La municipalité a initié de nombreux pour faire de la ville le « hub de la région ». Mais, pour les habitants comme pour les acteurs économiques, la relance de la commune passe d’abord par la réhabilitation de l’axe Ananda-M’Bahiakro.
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